pauvre lutte contre la pauvrete !
IIl aura fallu une crise économique majeure pour que certains thèmes occupent l’agenda politique de la Suisse. Ainsi, depuis quelques mois, on débat avec un intérêt renouvelé du secret bancaire ou du bonus des hauts cadres mais pas un mot sur des actions concrètes pour celles et ceux qui sont le plus directement frappés par la crise. Signe éloquent de cette myopie, le parlement a eu toutes les peines du monde à adopter le train de mesures tronqué du 3e paquet conjoncturel sensé venir en aide à ces personnes. La teneur des réponses apportées à la crise révèle un problème structurelplus général : l’insuffisance et l’inadéquation des politiques publiques de lutte contre la pauvreté.
Notre constitution fédérale garantit une «existence digne» à toute personne résidant dans notre pays. Or, les statistiques nous démontrent que de plus en plus de personnes n’arrivent pas à s’en sortir financièrement, même si la plupart d’entre elles exercent une activité professionnelle: en 2009, 59% des personnes recensées au-dessous du seuil de pauvreté avaient un emploi…On sait aussi que les jeunes et les familles nombreuses ou monoparentales sont les plus directement concernés par la pauvreté. Comment dès lors leur venir en aide efficacement ?
Impossible d’être exhaustive ici, mais il y a au moins deux pistes, à côté de la formation initiale et continue. En Europe, le mécanisme le plus répandu est le salaire minimum légal (pratiqué par 20 pays membres de l’UE). Son introduction a souvent été évoquée dans les cantons suisses, sans jamais se concrétiser. Au vu des expériences faites ailleurs, le salaire minimum ne semble pourtant pas la panacée. Adoptées en Suisse pour aider les retraité-e-s dont la rente est trop basse pour vivre, les prestations complémentaires ont en revanche quasiment permis d’éradiquer la pauvreté chez les personnes âgées. Appliquées aux familles, elles devraient avoir le même effet, comme l’expérience tessinoise le démontre. Mais la mise sur pied d’un tel projet au niveau fédéral traîne au parlement depuis l’automne 2000!
Pourtant, il y a urgence. Le nombre de jeunes pauvres de moins de 25 ans représente un risque important pour l’avenir. Il est aussi inacceptable que des personnes qui travaillent régulièrement continuent à vivre dans l’angoisse des fins de mois et que les enfants constituent toujours un risque de pauvreté pour leurs parents. Enfin, il est intolérable que les femmes aient un risque 4,5 fois plus grand que les hommes de tomber dans la pauvreté. On le voit, ces problèmes dépassent largement le cadre de la crise économique actuelle. Celle-ci constitue pourtant une opportunité de mobiliser l’opinion sur ce qui devrait constituer une priorité politiqueet un devoir moral : éradiquer la pauvreté de l’un des pays les plus riches du monde.



