quand la finance crie "au feu",
l'etat n'est pas juste un pompier!
La planète brûle: la planète financière et, à sa suite, toute la planète économique. L’ampleur quasi sans précédent de ce brasier apparaît comme le prix de la pensée unique, de l’idéologie autorégulatrice, de l’arrogance des financiers et autres soi-disant experts qui, à trop jouer avec le feu, se sont révélés pyromanes.
Dans son intérêt bien compris, l’Etat joue maintenant les pompiers: c’est très bien – nous savons toutes et tous l’importance de la place financière suisse pour l’économie de notre pays – mais il ne suffit pas d’éteindre l’incendie, sans quoi l’action publique n’est plus qu’un feu de paille. Encore faut-il sauver toutes les victimes et, surtout, empêcher que le feu ne reprenne à l’avenir.
Un plan de sauvetage fumeux
Or, qu’avons-nous au niveau national? Un plan de sauvetage fumeux, promulgué, comme en temps de guerre, dans des conditions pour le moins peu démocratiques. Cette session, nous autres parlementaires avons enfin eu l’occasion de nous exprimer sur ce plan, mais la messe était déjà dite. Les socialistes ont toutefois pu le souligner: ce plan est gravement insuffisant. D’abord, parce qu’il n’empêchera pas le feu de reprendre à l’avenir: en injectant 6 milliards de francs dans le capital de l’UBS et en reprenant ses actifs toxiques à hauteur de 60 milliards de dollars, le tout sans contrepartie, la Confédération et la Banque centrale n’incitent nullement la plus grande banque du pays à être plus prudente à long terme.
Renforcer le contrôle
Pour éviter d’autres catastrophes, nous devons renforcer le contrôle. Celui de la Confédération, qui devrait entrer dans le capital de l’UBS et disposer d’un droit de regard – par exemple, en occupant un siège dans son conseil d’administration. Celui du Parlement, aussi, qui doit avoir son mot à dire en aval des décisions de la Suisse en matière financière. Sans oublier celui des cantons, dont le rôle ne doit pas se limiter à jouer les pompiers de renfort. Pour avoir un sens, cette surveillance doit être indépendante et s’appliquer à des critères clairement établis, qui sont absents du projet du Conseil fédéral: ainsi, l’UBS doit augmenter ses fonds propres, ce qu’elle s’est finalement résolue à accepter, de concert avec le Credit Suisse, conformément aux exigences de la Commission fédérale des banques et de la Banque nationale. Les grandes banques doivent aussi prendre des mesures pour protéger les épargnantes et les épargnants. A cet égard, la proposition du Conseil fédéral de relever la garantie des dépôts de 30'000 à 100'000 francs – alors qu’il refusait une motion socialiste qui demandait exactement la même chose quelques mois plus tôt – constitue un premier pas dans la bonne direction.
Des matelas de billets
Reste encore à interdire les parachutes dorés et autres bonus exorbitants, bonus dont la chambre des cantons a voté le remboursement rétroactif sur ces cinq dernières années, notamment grâce aux socialistes et à la voix prépondérante du président Alain Berset même si la majorité du Conseil national n’a malheureusement pas suivi. Reste aussi à limiter les plus hauts salaires, comme le demande l’initiative populaire «contre les rémunérations abusives». Ces primes plus que généreuses sont en effet autant d’incitations, pour les acteurs financiers, à prendre des risques inconsidérés, puisque même en cas de pertes monumentales, la chute est amortie par des coussinets, voire des matelas de billets de banque!
Sauver les vraies victimes
Le plan de sauvetage du Conseil fédéral présente une autre lacune: il «oublie» de sauver les vraies victimes du brasier, à savoir les entreprises et la population. La plupart des pays d’Europe (la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France et j’en passe) ont adopté, en plus des mesures de soutien aux banques, des plans de relance de l’économie réelle, afin de sauvegarder les emplois et de stimuler la consommation. Depuis plusieurs mois déjà, les socialistes demandent et proposent un plan de relance qui encourage les investissements dans des secteurs porteurs d’emplois, notamment les projets d’infrastructures de transports publics ou les programmes d’assainissement de bâtiments. Ce plan de relance doit aussi permettre aux consommatrices et consommateurs de continuer à mettre la main au porte-monnaie, par exemple en favorisant la baisse des prix, à laquelle la chambre des cantons tente de contribuer en soutenant les importations parallèles. La relance de l’économie réelle implique aussi de ne pas faire d’économies sur d’autres postes: comme l’écrit un journaliste dans la Tribune du 5 décembre, à propos du plan de relance français, «lorsque la maison brûle, l’important est d’éteindre l’incendie et non pas d’économiser sur le dos des pompiers!»
Le retour du politique?
A condition de compléter le projet du Conseil fédéral, et à cette condition seulement, on pourra parler d’un vrai retour du politique. Le politique, qui n’est pas le brave toutou de la finance, celui qu’on regarde de haut et qu’on siffle à son pied quand on a besoin de lui, pour le renvoyer à la niche sitôt après! La crise donne aux socialistes une «chance»: celle de réaffirmer le rôle, réel et substantiel, des femmes et des hommes politiques dans la maîtrise de l’incendie planétaire. Celle de rétablir le primat du politique sur le tout-économique. Car l’être humain, dans sa complexité et dans sa liberté, doit toujours passer avant les «produits financiers» et les «lois du marché»: c’est là ma conviction ardente.



