Un vrai corps à coeur

Samedi 13 Juin 2009
Thématiques: 
Type d'activité: 
discours/exposé
Source: 
Fête de clotûre de la formation en Assistance sexuelle

En même temps que la clôture de la première formation romande en assistance sexuelle, nous fêtons aujourd’hui l’ébrèchement d’un double tabou : celui de la sexualité en général et celui de la sexualité des personnes en situation de handicap.

En effet, si la Loi fédérale sur l’élimination des inégalités frappant les personnes handicapées a permis de faire avancer l’intégration de ces personnes, notre société de performance garde une forte tendance à taire le handicap, comme une faiblesse inavouable. Et si la sexualité s’est libérée depuis les « seventies », notre société d’apparence continue de la rattacher à des corps parfaits, bien « normés ». Bref, aujourd’hui, l’attitude sociale dominante tend, encore et toujours, à laisser de côté les personnes vivant avec un handicap, à les réduire à ce handicap et à fermer les yeux sur ce qui nous ressemble et nous rassemble toutes et tous, dans la saveur de nos différences : la même étoffe humaine, les mêmes rêves, les mêmes désirs, les mêmes besoins.

Pour briser ce double tabou verrouillé à double tour, il faut de l’audace, de la conviction et du courage. Le courage des membres de l’association Sexualité et Handicaps Pluriels (SEHP), emmenés par leur présidente Catherine Agthe Diserens, qui ont osé mettre sur pied la première formation romande de professionnel-le-s destinés à répondre aux demandes d’accompagnement sensuel et sexuel des personnes en situation de handicap. Le courage des diplômé-e-s de ce jour, qui se sont lancés dans une aventure professionnelle et humaine nouvelle, malgré le statut peu valorisé de leur futur métier. Le courage des familles et du personnel soignant proche des personnes handicapées, qui ont contribué à ouvrir le dialogue sur ce thème. Le courage, enfin, des personnes en situation de handicap elles-mêmes, qui doivent dépasser leurs propres blocages pour demander ce dont elles ont tout simplement besoin.

En tant que conseillère aux Etats, je souhaite que cette formation rencontre un écho national. En tant que politicienne de gauche, je salue cette contribution à la lutte contre l’exclusion. Enfin, en tant que sage-femme et ancienne membre fondatrice de la fondation PLANeS (Fondation suisse pour la santé sexuelle et reproductive), je soutiens pleinement cet engagement en faveur de la santé sexuelle des personnes vivant avec un handicap.

Une démarche qui, me semble-t-il, se base sur un vrai « corps à cœur ». A la fois très  concrète, adaptée à chaque réalité et ancrée dans le corps, l’assistance sexuelle telle que conçue dans cette formation est aussi centrée sur les besoins affectifs de la personne, sur son désir d’autonomie et sur ce qui lui tient à cœur. Cette écoute du corps et du cœur sont toutes deux indispensables à la santé, telle que la dépeignait l’écrivaine et poétesse néo-zélandaise Katherine Mansfield : « Par santé, je veux dire le pouvoir de mener une vie pleine, adulte, vivante, où je sois en état de respirer en communion avec ce que j'aime. » Un rêve, un droit que nous partageons toutes et tous !