Nul besoin d'une mauvaise révision

Mercredi 08 Septembre 2010
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Tribune de Genève

Assainir l’assurance chômage? Oui, c’est une nécessité. Mais NON, pas de cette façon là! Sous une apparente «symétrie des sacrifices» (environ 600 millions de francs de nouvelles recettes et autant d’économies sur les prestations), cette révision est profondément inique. Car comment mettre en balance la modeste hausse des cotisations paritaires (+80 francs en moyenne annuelle par salarié-e) avec la baisse des ressources vitales de chaque chômeuse ou chômeur (-2000 francs en moyenne)?  Le Conseil d’Etat genevois regrette d’ailleurs «que la réforme s’attache uniquement à la question des charges et des recettes de l’assurance chômage, sans égard à l’impact des mesures proposéessur le marché de l’emploi.»

Mais quelles sont ces mesures et qui frappent-elles? On a beaucoup parlé des jeunes, qui payent un lourd tribut, mais l’allongement de la durée de cotisation concernera tout le monde. Y compris les plus de 55 ans, qui devront cotiser six mois de plus pour toucher le même nombre d’indemnités, avec un risque accru de finir leur carrière dans la précarité. La baisse du montant des indemnités lors d’un second délai cadre frappera surtout celles et ceux qui travaillent à des taux variables, comme dans le monde du spectacle. La diminution du nombre d’indemnités concernera aussi les femmes voulant reprendre un emploi après une pause éducative, un divorce ou le décès de leur compagnon: elles auront droit à quatre mois d’indemnités, contre neuf aujourd’hui. Et la fin de la possibilité d’augmenter le nombre d’indemnités dans les cantons les plus touchés par le chômage, dont Genève a fait usage avec bonheur, supprimera le répit de 120 jours accordé aux chômeurs de ces régions. Conséquence de ces coupes: les cantons et les communes devront faire face à des dépenses supplémentaires en aide sociale d’environ 300 millions de francs par an, d’où de probables augmentations d’impôts! Bref, cette révision ne permettra aucune économie globale, mais punira, en pleine crise, les chômeurs et les chômeuses.

Il y a pourtant des solutions, équitables et équilibrées: la ré-augmentation des cotisations, d’ores et déjà prévue l’an prochain en raison de la conjoncture. Cette mesure permettra de renflouer l’assurance chômage, qui n’est donc pas en péril et n’a nul besoin d’une mauvaise révision! Autre solution: le déplafonnement des cotisations, comme dans l’AVS. A l’heure actuelle en effet, plus on gagne, moins on cotise à l’assurance chômage: la part de salaire au-dessus de 126'000 francs est exemptée de cotisation! Sans ce plafond, l’assurance aurait 600 millions de recettes en plus. Un chiffre qui correspond aux économies faites sur le dos des personnes au chômage dans cette révision. Alors qui doit financer les dégâts de la crise? Les hauts cadres de la finance et d’ailleurs, au même taux que vous et moi, ou les personnes qui ont déjà perdu leur emploi? A vous de choisir le 26 septembre!