Mieux vaut prévenir
En 2009, la Suisse a consacré seulement 2,3% de ses dépenses de santé à la prévention. Notre pays va-t-il enfin se doter d’une loi fédérale sur la prévention ? A suivre cette session à Berne, où le Conseil des Etats débat du projet de loi (mon intervention au Conseil des Etats). Ce qui est sûr en revanche : mieux vaut prévenir…
…Que subir
La prévention améliore le bien-être de celles et ceux qui subissent des inégalités en matière de santé. Comme dans l’accès aux soins : en 2010, 18% de la population suisse a renoncé à des soins pour des raisons financières[1]. Et le statut social influence la santé tout au long de la vie. Les bébés issus de la migration ont un risque supérieur de mortalité néonatale[2]. A Genève, en 2000, on comptait 12 fois plus d’invalides parmi les ouvriers que dans les professions libérales et scientifiques[3]. Enfin, un haut niveau d’éducation permet de gagner 4 à 7 ans d’espérance de vie.
…Que souffrir
La prévention contribue aussi à réduire la souffrance liée aux maladies chroniques (cardiovasculaires, cancers, diabète, problèmes de santé mentale). Lesquelles découlent du vieillissement de la population, mais aussi des habitudes de vie (d’où inégalités sociales !). La prévention permet d’éviter des pathologies et des décès prématurés : en Suisse, le dépistage du cancer du col de l’utérus a contribué à faire baisser le nombre de décès de 200 en 1980 à 90 en 2007[4].
…Que s’appauvrir
La prévention offre encore un double avantage économique. Elle limite les pertes de productivité associées à la maladie dans les entreprises (celles dues aux maladies chroniques sont de 400% supérieures aux coûts de prévention et de traitement[5] !). Et elle freine la hausse des coûts de la santé en économisant des frais de soins et en éduquant la population à user adéquatement des prestations médicales.
Mais la prévention ne doit pas créer l’exclusion : l’Etat ne saurait s’inviter à la table des citoyen-ne-s pour ensuite refuser de rembourser les soins liés à un diabète d’origine alimentaire. Il s’agit plutôt de fournir les outils pour que chacun-e puisse exercer sa propre responsabilité. Mieux vaut instruire que bannir. Et comme l’a écrit Emerson, « le secret de l'éducation réside dans le respect de l’élève. »
[1] Office fédéral de la santé publique, 2011.
[2] Santé reproductive des collectivités migrantes. Disparités de risques et possibilités d’intervention. Etudes du SFM 42, Paola Bollini, Philippe Wanner, 2006.
[3] Mortalité prématurée et invalidité selon la profession et la classe sociale à Genève. Etienne Gubéran, Massimo Usel, OCIRT. Genève, 2000.
[4] Le cancer en Suisse. Etat et évolution de 1983 à 2007. DFI, OFS. Neuchâtel, 2011.
[5] Working Towards Wellness: the Business Rationale. WEF & PricewaterhouseCoopers. Genève, 2008.