Les Suisses doivent rendre les armes
Plus de deux millions: c’est le nombre d’armes à feu abritées par les ménages suisses, dont un sur trois est armé. Plus de trois cent: c’est le nombre de personnes qui perdent la vie, chaque année dans notre pays, des suites d’un coup de feu. Au-delà de ces chiffres généraux, chacune de ces morts est une mort de trop. C’est sur ce constat pragmatique que se base l’initiative «Pour la protection face à la violence des armes».
Son objectif est clair: il s’agit d’éviter des gestes impulsifs aux conséquences mortelles. Car les études le montrent: la disponibilité des armes est un facteur essentiel du passage à l’acte, qu’il s’agisse de meurtre ou de suicide.
Armes et larmes
A propos de suicide, la corrélation a été scientifiquement démontrée entre ces deux variables typiquement helvétiques: la forte prévalence des armes à feu à la maison, et la proportion élevée de suicides par ces armes. Ainsi, à Genève, 18% de la population possède une arme à domicile, et 15% des suicides se font par arme à feu. A l’autre extrémité, dans les cantons de Suisse centrale, ces taux sont respectivement de 57%, et de 33%.(1) Pour ce qui est des meurtres, les drames qui ont marqué notre canton cette année, de Plan-les-Ouates à Conches en passant par le Petit-Lancy, nous rappellent que, bien trop souvent, les larmes coulent par l’arme.
Rendre les armes
Pour atteindre son objectif, l’initiative propose trois mesures essentielles. D’abord, elle veut sortir les armes militaires du placard, et imposer leur conservation à l’arsenal. Comme c’est possible à Genève depuis 2008 déjà, de manière volontaire et gratuite. Une fois n’est pas coutume, citons les propos d’un divisionnaire de l’armée, Jean-Jacques Chevalley, qui a déclaré lors du lancement de la campagne du Conseil fédéral contre l’initiative: «Militairement, j’aurais de la peine à vous expliquer pour quelle raison, aujourd’hui encore, il faut maintenir l’arme à la maison.» Les Suisses doivent donc rendre les armes! L’initiative prévoit d’ailleurs aussi le ramassage systématique de toutes les armes inutilisées.
Cibler l’utilisation
Deuxième mesure proposée par l’initiative: la nécessité, pour quiconque veut acheter, porter, utiliser ou remettre une arme à feu, de faire la preuve de son besoin et de sa capacité. Une vérification qui n’entrave pas, mais qui au contraire légitime les tireurs sportifs, chasseurs et autres collectionneurs conscients de leurs responsabilités.
Enregistrer les fusils
Troisièmement et enfin, l’initiative propose la création d’un registre national des armes à feu. En Suisse, chaque voiture, chaque vache, chaque chien sont enregistrés. Il est donc temps de faire de même avec des objets aussi dangereux que les armes à feu! L’initiative veut d’ailleurs interdire les plus dangereuses, comme les fusils à pompe et les armes automatiques. Une interdiction qui ne devrait même plus faire débat après la tragédie de Zoug.
Autant de mesures, simples et efficaces, qui grâce à notre OUI le 13 février prochain, permettront de mettre fin, en Suisse, au règne de la peur au fusil.
(1) Ajdacici-Gross V, et al. Firearm suicides and availability of firearms: The Swiss experience. European Psychiatry (2010), doi:10.1016/j.eurpsy.2010.04.006.