Les défis du marché du travail suisse

Samedi 01 Septembre 2007
Type d'activité: 
discours/exposé
Source: 
Sommet du travail du Parti socialiste suisse à Yverdon

L’égalité entre hommes et femmes dans le monde du travail en Suisse est encore loin d’être réalisée : à travail égal, les femmes gagnent 20% de moins que les hommes. Elles sont aussi beaucoup plus nombreuses à travailler à temps partiel (57% des femmes et seulement 12% des hommes, ce qui constitue un obstacle en termes de revenu, de carrière et de protection sociale. De plus, les femmes sont rares dans les positions de hauts cadres : 15% selon le recensement 2000. Une proportion qui augmente, mais qui reste inférieure à celle des hommes.

 

L’égalité des sexes dans le travail passe par une action directe sur ce marché, avant tout dans le secteur public - dont l’Administration fédérale -, qui se doit de donner l’exemple. Parmi les mesures à appliquer, il faut bien sûr mentionner la mise en œuvre de l’égalité salariale mais aussi son contrôle aussi bien au moyen des outils de calcul mis au point que par l’engagement d’inspectrices et d’inspecteurs spécifiquement formés à cette tâche. Je pense aussi à la valorisation du temps partiel par le développement de pratiques telles que le partage de poste (« job sharing »). Maria Roth-Bernasconi a déposé un postulat dans ce sens en 2004, qui demande au Conseil fédéral d’instituer un quota d’au moins 30% des postes de hauts cadres attribués dans l’administration fédérale à des personnes travaillant à temps partiel. Il s’agit également de garantir une couverture sociale identique aux temps partiels et aux emplois à plein temps, comme le demande Christine Goll dans une initiative parlementaire. Dans ce but, la Suisse doit enfin ratifier la Convention sur le travail à temps partiel de l’Organisation internationale du travail. Je défends également l’imposition de quotas de sexes dans les instances dirigeantes de l’administration. A soutenir aussi, les programmes de marrainage (« mentoring ») et autres mesures pour la promotion des femmes entrepreneures, comme celles proposées par le Département fédéral de l’économie en réponse au postulat d’Anita Fetz, sans oublier le renforcement de la Loi sur l’égalité (la LEg) pour lutter contre le harcèlement sexuel et les discriminations à l’embauche.

 

Mais l’égalité entre femmes et hommes dans le monde du travail se gagne aussi de façon indirecte, par le biais de mesures favorables à une formation plus égalitaire: les crédits accordés aux universités et aux HES pour améliorer l’accès des femmes aux formations de haut niveau doivent être maintenus. Et il faut développer, bien sûr, toutes les mesures visant à faciliter la conciliation des vies familiale et professionnelle particulièrement ardue pour les femmes. Je pense par exemple au développement de structures d’accueil pour les enfants, qui doit être renforcé grâce à la seconde tranche du programme fédéral d’impulsion à la création de places de crèches. Des crèches et autres modes de garde qui doivent être accessibles à toutes les familles, grâce à des allocations familiales substantielles. Je pense encore à l’encouragement du partage des tâches domestiques et familiales, encore largement dévolues aux femmes (qui y consacrent 53h par semaine contre 26 pour les hommes, dans les ménages avec de jeunes enfants), un partage des tâches qui doit être promu dès la naissance des enfants avec l’introduction d’un congé paternité. Dans la même ligne, il s’agit de développer le congé maternité, de mettre en place à moyen terme un véritable congé parental et d’instaurer un congé d’adoption pour la mère ou le père, comme je l’ai d’ailleurs demandé par une initiative parlementaire  déposée lors de la dernière session de printemps.

Rien de bien nouveau sans doute dans toutes ces propositions mais autant de pistes pour avancer vers l’égalité dans le monde du travail qui, rappelons-le, est inscrite dans la Constitution, la LEg et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Parce que les femmes représentent un potentiel économique qu’il importe de mobiliser, compte tenu des progrès constants de leur niveau de formation et de l’évolution démographique. Parce que c’est du gaspillage que de ne pas leur permettre d’utiliser leurs compétences. Parce que la femme est l’avenir de l’homme, que l’homme est celui de la femme et qu’ensemble, nous devons travailler à une société plus juste.