Le temps de naître
Soyez les bienvenues au congrès suisse des sages-femmes, qui constitue un temps fort de rencontre et de formation continue. Le temps, c’est précisément le thème de cette année.
Par les temps qui courent, tout le monde court, et le temps manque pour suivre le rythme du corps, de la vie et de l’être humain. Pour trouver le temps de la relation et de l’écoute au cours des consultations de grossesse. Pour laisser le temps aux processus naturels de se dérouler, lors de l’accouchement et de la mise en route de l’allaitement. Pour, comme on dit, perdre son temps à ne rien gagner, avec de vrais congés parentaux qui permettent de soutenir les familles naissantes. Des spécialistes de tous horizons nous donneront aujourd’hui des clés pour mieux prendre le temps, de la grossesse au post-partum.
Le temps est également venu, pour les sages-femmes, de faire leur réapparition. Comme vous le savez, la récente Journée de la sage-femme a, cette fois, brandi ce slogan : « Pour chaque grossesse, une sage-femme ! ». Trop peu de femmes savent en effet qu’elles peuvent faire suivre leur grossesse par une sage-femme.
Les études le montrent, pourtant : l’accompagnement, continu dans le temps, par une sage-femme – avant, pendant et après l’accouchement – est gage d’un suivi cohérent, apprécié et adapté aux besoins de chaque femme, de chaque bébé, de chaque famille. Avec, à la clé, moins de complications et moins d’interventions. Preuve, s’il en est, que prendre le temps n’est pas le perdre et que notre profession allie humanité ET qualité !
On dit que le temps, c’est de l’argent, mais notre métier, c’est prouvé, a pour autre avantage d’être économique. Parce qu’elles favorisent la physiologie, mettent l’accent sur la prévention et travaillent à renforcer les compétences des parents, les sages-femmes contribuent à réduire le nombre d’interventions médicales non nécessaires et coûteuses. Un constat qui vaut pour vous toutes, sages-femmes indépendantes ou hospitalières – et j’utilise volontairement ce terme parce qu’il montre bien l’importance de l’accueil de l’autre, de l’hospitalité nécessaire à une naissance dans de bonnes conditions. Il est donc capital de faire parler de nous et de nos prestations !
D’ailleurs, ce n’est qu’en nous faisant connaître que nous pourrons nous faire mieux reconnaître et obtenir enfin les améliorations qui correspondent à notre métier complexe et hautement spécialisé. Comme, par exemple – même si ce n’est pas pour tout de suite, il faut laisser du temps au temps – des tarifs plus élevés, parce qu’on ne vit pas de l’air du temps…
En plus de son rôle de soutien aux sages-femmes « à l’interne », la Fédération suisse des sages-femmes s’engage justement « à l’externe », pour positionner aux yeux du public l’ex-« matrone » du temps de nos ancêtres comme spécialiste moderne de l’obstétrique et de la parentalité. Pour faire face aux sollicitations qui découlent de ce travail, par ailleurs gourmand en temps, la Fédération doit pouvoir s’appuyer sur des structures professionnelles.
D’autant plus que nous voulons et devons aussi influencer notre temps et prendre une part active à tous les thèmes qui nous concernent, là où les décisions se prennent. Les femmes, les couples et les familles n’ont pas seulement besoin de soins de qualité, mais aussi d’un environnement social et politique favorable à leur épanouissement. Cet environnement, les sages-femmes doivent aussi s’occuper de le mettre au monde !
Nous, sages-femmes, sommes au cœur du temps. Celui qui passe et se transmet, en même temps que la vie, d’une génération à l’autre. Celui qui peut paraître long au cours du neuvième mois de grossesse, celui qui suspend son vol au moment de la naissance, celui qui file ensuite jusqu’à ce que les enfants soient grands !
Nous sommes donc bien placées pour comprendre ces mots de Jeanne Hersch, qui disait : « Pour qui veut agir, manquer le présent est irréparable ». Nous, sages-femmes, devons remplir dès maintenant notre mission, qui est non seulement d’aider les enfants à naître, mais aussi d’aider la société à leur donner le temps de naître.