Ensemble, faire face aux risque du métier d'humain
La vie humaine est parsemée de joies, mais aussi semée d’embûches. Pour permettre à chacun-e de faire face aux grands risques de l’existence, la Suisse a tricoté, depuis le tournant du 20ème siècle, un filet d’assurances sociales et j’insiste sur le mot «assurances» qui dit bien ce qu’il veut dire, qui rime avec sécurité, une sécurité qu’un Etat doit assurer à ses citoyen-ne-s!
Parmi ces assurances sociales, la plus ancienne, l’AVS, qui vise à compenser en partie la perte de revenu du travail découlant de notre vieillesse, voire du décès de notre conjoint ou parent. L’AVS elle-même est, par contre, en pleine forme. Contrairement à ce que l’on croit, elle est presque toujours dans des chiffres vert tendre, largement supérieurs aux prévisions catastrophistes. En 2009, sa réserve de capital atteint 42,3 milliards de francs. Son financement par répartition lui permet de s’adapter aux fluctuations démographiques, comme la mauvaise passe à venir avec l’entrée en retraite des ex-bébés du baby-boom. Mais cette mauvaise passe, comme son nom l’indique, passera, et ne menace pas l’AVS. Il est donc réjouissant que le Parlement ait décidé de prendre le temps de réviser l’AVS, et enterré une 11ème révision qui prévoyait de relever l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, sans offrir en contrepartie une retraite anticipée viable aux personnes à bas revenu. Cette retraite flexible «vers le bas» – la flexibilité vers le haut étant déjà possible – est une nécessité pour les personnes qui exercent un métier pénible, comme les infirmières, par exemple. Le hic, c’est qu’elle reste à réaliser.
Autre risque, autre assurance: en cas de gros pépin de santé et de diminution de la capacité de gain, c’est l’AI qui intervient. Celle-ci est, on le sait, en mauvaise santé financière. La bonne nouvelle, c’est que le peuple suisse a dit oui, en 2009, au financement additionnel. La mauvaise, c’est que ces moyens supplémentaires étant limités dans le temps, la pression demeure sur les bénéficiaires de rentes. Il n’est qu’à voir les révisions successives de l’AI qui, au prétexte louable de préférer la réinsertion à la rente, risque de voir des dizaines de milliers de personnes privées de réinsertion ET de rente! La sixième révision, en cours au Parlement, substitue l’AI aux spécialistes médicaux, et exclut certaines maladies de l’obligation de prise en charge. Qui, demain, seront les vrais invalides, et qui seront les faux?
Pour faire face au risque d’âge ou de décès comme à celui d’invalidité, la Suisse connaît aussi la prévoyance professionnelle. Ce dénommé deuxième pilier se porte bien. Il faut dire qu’il est encore en phase de constitution, puisqu’il n’a été introduit qu’en 1985. Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir du rejet par le peuple, le 7 mars dernier, d’une nouvelle baisse des rentes, injuste autant qu’injustifiée. Une baisse qui était demandée pour renflouer la prévoyance professionnelle suite aux pertes boursières. Preuve que la prévoyance professionnelle est trop dépendante des fluctuations de la Bourse. Un autre point noir, c’est que seules les personnes qui ont un revenu annuel supérieur à 20'500 francs cotisent au deuxième pilier, soit seulement une femme sur deux!
Pour ce qui est des accidents, c’est l’assurance accidents qui couvre, pour les salarié-e-s, le risque d’accidents et de maladies professionnelles, ainsi que d’accidents non professionnels. Le plus (+), c’est que cette assurance, bénéficiaire, fonctionne bienet a fait ses preuves. Le moins, c’est que sa révision, en cours au Parlement, risque fort d’aboutir à une réduction de ses prestations. Autre risque, pas moins grand: que cette révision aboutisse à phénomène malheureusement déjà bien connu, une privatisation des bénéfices et à une socialisation des pertes! Mentionnons encore les prestations complémentaires à l’AVS et à l’AI, ainsi que les assurances pour les personnes qui se risquent à… devenir parents. Je veux parler des allocations perte de gain en cas de maternité (notamment), et des allocations familiales.
En ce qui concerne le risque de maladie, Jean-Charles Rielle évoquera l’assurance-maladie. Quant au risque de perdre son emploi, c’est Maria Roth-Bernasconi qui parlera de la récente révision de la loi sur l’assurance-chômage. Preuve que ces dossiers concernent à la fois le Conseil national et le Conseil des Etats. Il est donc très important de maintenir le siège socialiste aux Etats, afin d’assurer dans cette chambre un relais, un écho à nos revendications sociales et solidaires. Parce qu’une tuile peut s’inviter brutalement dans l’existence de chacun-e, cette solidarité est nécessaire pour faire face, ensemble, aux risques du métier d’humain.