Des rentes plus élevées

Mardi 14 Mars 2017
Source: 
Le Courrier

Dans son édition du 8 mars, Le Courrier met en avant les positions opposées au projet de réforme des retraites «Prévoyance 2020». Le «Plan Berset» – qui ne mérite plus ce surnom depuis son remaniement par le parlement fédéral – se ferait sur le dos des femmes. Certes, du point de vue des femmes, le paquet Prévoyance 2020 contient une concession majeure: la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, alors que l’inégalité salariale reste une réalité. Mais la version défendue par le Conseil des Etats promet des contreparties, au final bénéfiques aux femmes. A l’inverse, le statu quo risquerait fort de péjorer leur situation.

Pour compenser le relèvement de l’âge de la retraite des femmes et la baisse prévue des rentes du 2e pilier, la chambre haute propose d’augmenter de 840 francs par an les nouvelles rentes AVS et de relever le plafond des rentes pour couples mariés. Le financement de l’AVS sera également renforcé. Or, ce renforcement profitera avant tout aux femmes. Celles-ci reçoivent en effet plus de la moitié du total des rentes AVS, alors qu’elles cotisent à hauteur d’un tiers. En outre, 40% des retraitées ne touchent qu’une rente AVS: la hausse des rentes permettra aux nouvelles retraitées dans cette situation d’améliorer substantiellement leur pouvoir d’achat. Par ailleurs, les rentes AVS des femmes sont bien plus proches de celles des hommes que dans le 2e pilier – grâce au splitting et aux bonifications pour tâches éducatives ou d’assistance. La version du Conseil national, qui mise sur des compensations seulement dans le 2e pilier, est donc bien moins égalitaire.

En parallèle, la Chambre des cantons défend des réaménagements du 2e pilier permettant de mieux couvrir les bas revenus et le travail à temps partiel. Des caractéristiques le plus souvent associées aux femmes, qui occupent 2/3 des postes payés moins de 4000 francs par mois et qui sont 60% à travailler à temps partiel. Grâce au passage à une déduction de coordination variable en fonction du salaire annuel, elles pourront améliorer leur 2e pilier. Avec le supplément AVS, ces femmes toucheront au final des rentes totales plus élevées.

Dans l’AVS et dans la LPP, les conditions d’anticipation (ou d’ajournement) de la retraite seront assouplies et il sera possible de percevoir une partie de la rente tout en exerçant une activité à temps partiel (et en continuant d’améliorer sa prévoyance vieillesse), ce qui est le cas de 70% des femmes de 55 à 64 ans. Et surtout, le taux de réduction de la rente AVS en cas de retraite anticipée sera moindre qu’aujourd’hui, ce qui profitera aux personnes souhaitant s’arrêter avant – près de la moitié des femmes aujourd’hui – par exemple à 64 ans, sans diminution de rente pour les petits et moyens revenus!

La «solution» du National, qui parle de retraite à 67 ans en cas de souci financier de l’AVS, n’a aucune chance devant le peuple. Or, si toute réforme venait à échouer, l’âge de la retraite des femmes n’augmenterait certes pas dans l’AVS, mais les rentes non plus. Pire, le 1er pilier resterait sous-financé dans la perspective du départ à la retraite des baby-boomers. Avec, à la clé, le risque de démantèlements – comme la retraite à 67 ans – sur le dos des femmes!

Espérons donc que le paquet des Etats, bien plus emballant, sorte vainqueur des discussions finales de cette session. Et que les femmes, comme les hommes, y reconnaissent leur intérêt.