Bonne santé... à tout le MONDE!

Mardi 07 février 2017
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discours/exposé

Même si nous sommes déjà en février, je vous souhaite, à toutes et tous, une bonne année et une bonne santé ! Comme le montre cette formule, la santé est un élément central, pour la vie de chacune et chacun d’entre nous mais aussi sur le plan collectif, pour la prospérité et la cohésion de notre communauté humaine. Dans une société globalisée telle que la nôtre, les enjeux de santé publique se déclinent à l’échelle mondiale et engagent les acteurs et actrices de tous les pays. Les modes de vie et leurs conséquences en termes de maladies chroniques s’exportent à la vitesse numérique, les épidémies traversent les frontières, les professionnel·le·s de la santé aussi. Dans ce cadre mouvant et interconnecté, la Suisse doit s’engager activement pour la santé globale.

Parce que la santé est un droit, notre pays doit agir pour que chacune et chacun, en Suisse et ailleurs dans le monde, ait accès à des soins de santé de qualité. Il faut un engagement commun de la société civile et de la science pour le droit à la santé. Et il faut une Suisse qui assume également sa responsabilité globale pour renforcer les soins de santé pour tous. Il s’agit notamment d’améliorer l’accès aux soins de groupes particulièrement défavorisés ou vulnérables, comme les personnes âgées ou en situation de handicap, les personnes migrantes, les enfants et les femmes.

En tant que sage-femme, le droit à la santé sexuelle et reproductive m’est une cause particulièrement chère.

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 de l’ONU pour le développement durable - dont les objectifs de développement durable sont repris dans la stratégie du Conseil fédéral pour le développement -, la Suisse doit contribuer à concrétiser effectivement l’objectif 3. À réduire la mortalité infantile, qui a fortement mais insuffisamment diminué. À améliorer la santé maternelle qui, malgré les progrès accomplis, reste 15 fois plus élevée dans les pays en développement. Et à poursuivre la lutte contre le VIH/sida et autres maladies, transmissibles ou non.

Pour y arriver, l’accès des femmes à des services d’information et de planification familiale, à des professionnel·e·s qualifié·e·s et à des médicaments abordables doit être garanti, ici comme ailleurs. Car ici comme ailleurs, le droit des femmes à disposer de leur corps est loin d’être acquis. La pénurie de professionnel·e·s de santé ici conduit à puiser dans les ressources humaines ailleurs, au détriment des pays du Sud. Ici comme ailleurs, les profits de l’industrie pharmaceutique l’emportent fréquemment sur les intérêts de santé publique. Ici comme ailleurs, quoique dans une mesure différente, des gens renoncent à des soins pour des raisons financières.

En Suisse, le droit à la santé sexuelle et reproductive n’est pas le même pour tout le monde. Ainsi, la santé de requérantes d’asile enceintes ou récemment accouchées est mise en péril par leur renvoi au nom des Accords de Dublin. En 2014, le renvoi d’une femme enceinte de huit mois qui souffrait de complications liées à sa grossesse a d’ailleurs mené au drame. Comme le demande un appel citoyen ainsi qu’une série d’interpellations au Conseil fédéral, la Suisse doit faire usage de la marge d’appréciation que lui laisse le Règlement Dublin de manière à respecter les droits fondamentaux, dont le droit à la santé fait bien évidemment partie ![1] Par ailleurs, la recherche a montré qu’en Suisse, les mères et les nouveau-nés issus de la migration ont plus de problèmes de santé que leurs homologues helvétiques, ce que confirme un rapport du Conseil fédéral en réponse à un postulat que j’ai déposé en 2012 au Conseil des États[2].

La Suisse doit donc agir sur son territoire, dans le cadre de sa politique de la santé, mais aussi de sa politique d’asile et dans d’autres domaines encore, tant il est vrai que la santé est un enjeu transversal. Elle doit s’engager aussi dans le cadre de la coopération internationale, qui s’inscrit dans la tradition de notre pays et qui répond à un mandat constitutionnel[3]. La composition du Parlement fédéral n’est hélas pas propice à cette coopération et conduit notre pays à s’écarter de l’objectif dont il s’est lui-même doté, sans parler de l’objectif de 0.7% du RNB consacré à l’aide publique au développement…

Il n’empêche que la Suisse, qui est l’hôte, à Genève, de nombreuses organisations internationales, dont l’OMS, a un rôle clé à jouer. Nous devons garantir à ces organisations des conditions cadres favorables – et cela est plutôt bien soutenu par le Parlement -. Nous devons aussi jouer un rôle modèle. Par exemple, en adhérant à des conventions clé qui touchent à la santé globale. Je pense notamment à la convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac, que la Suisse a signée en 2004 mais n’a pas encore ratifiée. Ce texte réunit pourtant l’ensemble des mesures qui se sont avérées efficaces pour réduire la consommation des produits du tabac et il permet aux pays de se préserver de l’ingérence de l’industrie du tabac dans la lutte contre le tabagisme.

La Suisse internationale et la Genève internationale, ce sont aussi toutes les ONG, les associations, les forces de la société civile, comme celles qui tissent le réseau Medicus Mundi Suisse. Leur regard critique, leur capacité de mobilisation et leur lien avec le terrain font de ces organisations des actrices incontournables de la défense du droit à la santé dans le monde. Une proposition de résolution pour l’accès universel aux soins de santé maternelle[4] que mes collègues et moi-même avons déposée à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe encourage d’ailleurs « la coopération entre les pouvoir publics et les ONG afin d’échanger des bonnes pratiques en matière de soins de maternité en établissant des dispositifs de suivi et de collecte de données ».

Je ne peux donc que me réjouir que Medicus Mundi Suisse se rapproche géographiquement, avec son antenne romande, de la capitale de la santé mondiale qu’est Genève. Et je forme le vœu que la santé mondiale se rapproche, à son tour, des objectifs de Medicus Mundi !




[1] Notamment interpellation Maury Pasquier 16.4093 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?Affa...

[3] Ancré à l’art. 54 al. 2 CST.

[4] Doc. 14051, 28 avril 2016.